Krista Finstad-Milion – « Convaincue de l’inestimable valeur ajoutée de profils féminins et internationaux, et de la nécessité pour les hommes et les femmes de travailler ensemble »

Krista Finstad-Milion – « Convaincue de l’inestimable valeur ajoutée de profils féminins et internationaux, et de la nécessité pour les hommes et les femmes de travailler ensemble »

Krista Finstad-Milion est de ces femmes qui rendent admiratif par leur énergie, leur engagement et leurs réalisations.

D’origine canadienne, Krista a puisé sa force et ses convictions dans le sport. C’est ce qui l’a guidé toute sa vie et lui a permis de développer cette volonté de passer, quoi qu’il arrive, les épreuves de la vie toujours en équipe… Aujourd’hui, Krista est, entre autres, responsable du département Ressources Humaines et Comportement Organisationnel à ICN Business School de Nancy et référente égalité femmes / hommes pour ICN auprès de la Conférence des Grandes Ecoles. Elle nous parle de son parcours professionnel inspirant.

Pourriez-vous nous dire, toute canadienne que vous êtes, comment votre parcours professionnel peut être 100 % lorrain ?

J’ai un parcours rythmé par les épreuves sportives, les responsabilités variées, et les rencontres. Je viens de la province d’Ontario et au Canada, le système scolaire et extra-scolaire développe le leadership des jeunes très tôt : par le sport, qui m’a permis de faire partie de multiples équipes mixtes et féminines, par l’engagement citoyen en tant que ministre de la communication au parlement de mon lycée et par l’expérience des « summer camps» ou j’ai été formé dès mes 15 ans. Le leadership est ancré dans la culture des jeunes au Canada; ils sont préparés à être en première ligne, à assumer des responsabilités.

Alors que j’étudiais les langues vivantes et la littérature au Canada au début des années 80, je me suis inquiétée des aspirations indépendantistes du Québec. Je me suis donc mis en tête de maîtriser la langue française afin de rester fidèle à mes principes d’unité de mon pays. J’ai fait un stage de français sur le fleuve Saint Laurent dans le Québec rural, et suis partie en tant qu’assistante d’anglais à Nancy… avec mes skis de fond ! J’y ai rencontré mon futur mari, le point de départ de ma vie lorraine.

Et le début de votre carrière d’enseignante ?

En quelque sorte. Mon ambition était de retourner au Canada passer mon doctorat mais la date du démarrage du programme auquel j’avais postulé était repoussée, me retrouvant au chômage au beau milieu de l’hiver… dans les Vosges ! Mais, venant d’une culture où l’on encourage l’ambition, j’ai rebondi : une rencontre me propose d’enseigner l’anglais à des dirigeants d’entreprises dans un département caractérisé par l’industrie de textile et d’automobile. Je découvre le système éducatif français qui est quasi gratuit, je travaille donc le jour et j’étudie le soir. En bout de course : deux DESS dans l’administration des entreprises et la GRH, et un Master en Recherche en poche, je me lance donc à nouveau le défi de passer mon doctorat.

Et votre vie de femme dans tout ça ?

J’ai eu mes trois garçons lorsque je travaillais et j’étudiais dans le même temps. Mon mari, médecin, était très sollicité. Mes enfants devaient continuer à parler anglais malgré mes déplacements pour le travail et pour ma recherche doctorale aux quatre coins du monde. Notre famille a dû s’organiser car nos familles étaient loin. Je me suis donc lancée dans le recrutement de jeunes filles et garçons au pair venus du monde entier, des perles rares qui nous ont permis d’aller au bout de mon projet.

J’y suis parvenu et j’ai décroché mon doctorat. Alors que je ne pensais pas encore à la prochaine étape, on m’a proposé un poste d’enseignante-chercheure à ICN. À peine embauchée, on m’a demandé de postuler pour la direction du programme Executive MBA. Je me suis mise à douter : « en étais-je capable ? » J’ai finalement accepté le challenge et je suis ravie car il a fallu se retrousser les manches et relever des défis!

En tant qu’enseignante-chercheure quel est votre constat quant à l’égalité des chances ?

Comme je vous le disais, même avec ma culture, je me suis posée la question si oui ou non j’étais capable d’assumer le poste qu’on me proposait lorsqu’on m’a posé la question de prendre la direction du programme d’Executive MBA… J’ai par la suite enseigné le management du changement et je me suis vite rendu compte qu’il y avait une pénurie de femmes. Il a fallu faire quelque chose ! C’est alors que j’ai partagé ce constat avec un membre du comité de direction de l’école qui m’avait répondu à l’époque : « On est en Lorraine, on ne peut rien faire! ». L’idée poussiéreuse de la Lorraine : les mines, le charbon, l’automobile, et cette réponse, ne m’a pas convenu. Je me suis donc penchée sur la question. Il y avait un besoin de rassembler les femmes, partager les compétences et les accompagner dans leurs ambitions. C’est à ce moment-là, il y a un peu plus de 10 ans, que nous avons créé l’association Est’elles Executive, devenu l’un des principaux réseaux professionnels féminins du Grand Est. Notre réseau bénéficie par ailleurs d’un partenariat avec le réseau Essenti’elles de la BPLCA depuis de nombreuses années. Même si on ne changera pas la société sans les hommes, les femmes doivent se retrouver de manière ponctuelle et régulière afin de trouver les moyens de faire changer les choses.

Et cet engagement va au-delà aujourd’hui, non ?

Effectivement, il y a 5 ans, deux élus ont toqué à ma porte … j’ai dit « OK mais vous me mettez en bas de votre liste car je n’ai pas le temps ». Eux me voyaient en tête de liste… Comme le train ne passe qu’une fois et grâce à mes recherches sur le genre j’ai compris qu’il ne fallait pas trop réfléchir, il fallait être un peu « mec », sinon vous trouvez mille raisons de dire non.

Je n’avais qu’une seule condition, qui a toujours été la même : avoir l’aval de mon mari car nous formons une équipe. Il m’a dit vas-y en continuant à m’appeler Djamilla car je ne suis jamais là !!

Je suis alors devenue la première femme élue à la mairie de Fontenay, une commune de 520 habitants dans les Vosges, en tête du premier conseil moitié femmes moitié hommes. J’encourage les femmes à être élues. J’aime beaucoup travailler en équipe mixte avec des personnalités différentes et je ne me suis jamais lassée du terrain.

Convaincue de l’inestimable valeur ajoutée de profils féminins et internationaux, et de la nécessité pour les hommes et les femmes de travailler ensemble pour faire évoluer la société, je travaille sur la création d’une chaire de recherche et d’innovation pédagogique sur les femmes et leadership et la mixité au service de la performance. Un exemple de sujet qui sera traité? La performance de voix (voice performance), car nos premières impressions d’un manager/leader commencent par sa prise de parole.

https://www.icn-artem.com/professeur/finstad-milion-krista 
https://www.facebook.com/ReseaufemininESTelles/

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