Elodie Chapuy – « Le vin, c’est ma passion »

© Cyrille Beudot

C’est l’histoire d’un vigneron en Champagne. Un vigneron, que la vie n’a pas épargné : il a eu deux filles ! Voyez vous-même l’infortune. « Mon pauvre ami, lui avait-on dit au village, personne ne reprendra jamais ton exploitation. » Mais qui voudrait lire un roman qui ne soit cadencé par quelques péripéties, dans lequel on ne trouve pas le moindre retournement de situation ? Qui voudrait lire, sur le blog des Elles, une histoire qui finit mal ? Qui ? Assez parlé, voici l’histoire de la Maison Chapuy. Des hauts, des bas, une passion : le vin. A consommer, vous vous en doutez, sans aucune modération.

Les Elles : Vous avez repris l’exploitation de votre père. Etiez-vous destinée(s) à être vigneronne(s) ?

Elodie Chapuy : Le vin, c’est ma passion. Mon père me l’a transmise. Je savais que je reprendrai un jour l’exploitation mais je n’avais aucune échéance en tête. Je voulais me forger une expérience avant, voir ce qui se passe à l’extérieur. Après mon école de commerce, j’ai commencé ma vie professionnelle comme négociatrice dans la grande distribution, un monde d’hommes. Moi qui venais du milieu agricole, un monde abrupt où on ne doit pas avoir peur de retrousser ses manches, je m’y suis très bien intégrée. J’y suis restée deux ans avant de basculer dans le marketing, ma formation initiale. Mais comme on ne résiste pas à l’appel de la vigne, j’ai fini par prendre un CIF (congé individuel de formation, NDLR), quatre ans plus tard, me permettant de passer un bac pro « responsable d’exploitation agricole ». Nous sommes en 2003. A l’époque, la marque familiale existait mais n’était pas connue. Il y avait tout à (re)faire. J’ai imaginé un business plan sur 5 ans. L’entreprise était (re)lancée.

Et cette entreprise ne ressemble plus vraiment à ce qu’elle a été…

En effet, je l’ai pour le moins… transformée. De simples producteurs de raisins, nous sommes devenus récoltants manipulants à 100 % : tout le raisin du domaine – auparavant vendu à de grandes maisons – est aujourd’hui transformé sur place, en champagne. Le basculement s’est opéré sur 5 ans (le temps du business plan) et m’a demandé de gros investissements, notamment pour financer le stock de bouteilles – clin d’œil à Banque Populaire Alsace Lorraine Champagne, sans qui le projet n’aurait sans doute pas été possible. Pour assurer des volumes rapidement, j’ai décidé de me tourner directement vers l’export. En cinq ans, le chiffre d’affaires avait été multiplié par 3… La réussite avant la traversée du désert. La crise des subprimes éclate, les distributeurs font faillite, les ventes chutent, les difficultés commencent.

 C’est l’époque où votre sœur Aurore vous a rejointe. Comment avez-vous redressé la barre ?

Nous avons changé de stratégie et nous sommes reconcentrées sur le marché français pour rétablir un équilibre 50/50 entre France et export (aujourd’hui 17 pays dont le Japon, les Etats-Unis, la Scandinavie, l’Allemagne…). J’ai approché la clientèle de cavistes, de restaurants, d’hôtels etc. Pour parvenir à l’embarquer, j’ai recréé une marque, « L’Esprit de Chapuy » plus sophistiquée, plus premium, avec des notes résolument plus féminines. Une nouvelle marque permettant à ma sœur et à moi-même de revendiquer notre présence.

Et ça fonctionne…

Oui, mais il faut sans cesse se renouveler. Le marché s’est durci depuis 2016. Les consommateurs ne sont plus prêts à mettre le prix, ce qui amène la grande distribution à aborder les relations commerciales uniquement par cet aspect. Nous avons comme ambition d’obtenir cette année la certification « viticulture durable ». C’est un vrai projet d’entreprise, d’avenir pour lequel il a fallu engager les salariés.

Et ça a pris ?

Nous avons beau être une petite entreprise, il faut manager les équipes, les motiver, les convaincre. Lorsque je suis arrivée – une femme qui a fait des études – j’étais une véritable extra-terrestre. L’informel, les discussions entre deux portes, ça va un temps. Il faut poser un cadre pour que les salariés s’identifient et éviter qu’ils ne décrochent alors que l’entreprise a besoin d’eux pour réussir. Nous avons fait appel à une coach, que nous avons rencontrée via l’association « femmes chefs d’entreprises » et de laquelle nous avons énormément appris.

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